Elia Ravelomanantsoa nommé ministre de la Culture et du patrimoine

« La culture est un concept … »

Elia Ravelomanantsoa, une personnalité politique désormais connue dans le domaine de l’entreprenariat culturel, vient d’être nommée ministre de la Culture et du patrimoine du gouvernement d’ « union nationale » et a pris ses fonctions hier, après une cérémonie conviviale de passation de service. Cette dame de fer de la culture malgache et de la mode en particulier nous accorde ainsi sa première interview depuis l’occupation de ce nouveau poste. Entretien.

Les Nouvelles : Le ministère de la Culture et du patrimoine ne bénéficie que d’un budget annuel réduit, de surcroît, la culture reste toujours un parent pauvre. Toutefois, vous avez accepté le poste. Pourquoi ?

Elia Ravelomanantsoa (-) : Effectivement, dans l’administration, la Culture a malheureusement été le parent pauvre dans la gouvernance depuis la première République. Toutefois, la plupart des économies des pays développés, -leur industrie et économie culturelle, rapportent beaucoup, en termes de rendement. Si j’ai accepté donc ce département, c’est parce que je me sens très en phase avec le monde culturel et le patrimoine, tout simplement parce que j’ai très longtemps été dans l’économie culturelle contemporaine.

Votre « success story » dans la gestion d’entreprise et notamment dans l’organisation événementielle, à travers « Manja », par exemple, n’est plus à présenter. Pensez-vous toutefois que cela va être suffisant pour gérer le ministère de la Culture et du patrimoine ? Qu’avez-vous aussi à répondre aux artistes qui ont déjà émis leur souhait de retrouver un ministre qui connaît bien le domaine ?

– Dans le milieu des arts, sous toutes ses formes, je pense sincèrement en avoir acquis les bases les plus importantes. En ce qui concerne le premier aspect de votre question, je pense que dans cette phase de transition, dans cette aspiration aux changements, la culture est un concept. Tous les autres vecteurs comme la nouvelle technologie et les médias d’informations ne font que véhiculer la culture. Et je dirais même mieux. La traduction en malgache de la culture, « Kolontsaina », veut dire littéralement « ce à quoi nous aspirons vivre ensemble, réfléchir ensemble, penser ensemble ». C’est ce qui fait notre environnement de tous les jours. A partir de là, l’apport de la culture dans la transition, tant sur le plan politique, -dans le sens noble de la politique-, que sur la vision d’un avenir commun, d’une vie communautaire commune est, je pense, un challenge très tentant et déterminant dans l’aspect du changement.

Votre nomination est politique et parmi vos priorités, il y a le traitement des affaires courantes et la préparation des élections à venir. Avez-vous toutefois pensé aux importantes actions pour le devenir de la culture ?

– Oui. Peut-être pas dans la finalité des actions importantes mais je pense justement que dans ce contexte de changement, mon administration aura quelque chose à apporter pour les bases de la modernisation de ce département. Je n’aurai pas d’autres prétentions que d’instaurer les bases. A charge pour le prochain ministre de la Culture et du patrimoine de la 4e République de prendre le relais mais mon rôle dans cette phase de la transition est de mettre en place les bases saines et faire en sorte qu’aucun Malgache, dans le contexte même de ces élections, ne soit oublié et que le vote de chaque citoyen soit un vote conscient avec des valeurs traditionnelles ou contemporaines malgaches.

Le syndicat des artistes est déjà mis en place, la route qui mène vers l’élaboration d’un cadre qui gère le statut des artistes a déjà été tracée. Il en est de même pour les procédures de mise en place de la brigade spéciale contre le piratage… Avez-vous des projets pour les mener à bien et réussir ?

– Nous avons un plan d’action que nous allons peaufiner avec les acteurs eux-mêmes. C’est pour cela que très bientôt, il y aura, en comité très restreint, l’élaboration de ce plan d’action. Mais d’ores et déjà, je peux dire que le cœur de ce plan d’action va être basé sur le dialogue et sur la culture du débat. Comment débattre aujourd’hui à Madagascar sans que cela nous amène à la division, sans que les divergences d’idées deviennent des facteurs bloquants, mais qu’elles soient au contraire le fond de commerce pour la redynamisation de cette culture du débat.

La reconstruction du Rova demeure un sujet très sensible mais pas tabou. Ainsi, les travaux sont suspendus, d’autres problèmes administratifs subsistent, le site est en dégradation… Avez-vous une idée précise sur le devenir de ce patrimoine national « oublié » ?

– Je pense ne pas dévoiler un secret en disant que le Rova est au cœur de la préoccupation, non seulement de mon département mais aussi de la gouvernance de la Transition, dans la mesure où justement, plus le temps passe, plus il y a dégradation et donc, il y a gap réel. C’est une préoccupation majeure et cela fait partie des challenges que ce département aura à relever dans le patrimoine pendant cette phase de Transition. Toutefois, je suis absolument consciente aussi que tous ces problèmes qui subsistent au niveau administratif existent encore mais c’est pour cela que je suis là.

Propos recueillis par Vonjy M  – source www.les-nouvelles.com

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