Calme bouillonnant d’Agrad

Éternel calme dans les rues ou sur le banc de sa salle de cours, Mamiarivony Andrianandraina Andria­narahi­sitraka chante du rap tout feu tout flamme. La faute à une voix, à une tonalité rugueuse qui ferait penser à Greg Mack, un chantre du hip hop américain des années ’80. Les vieux routards de cette musique urbaine le connaissent sûrement.
Pour sa part, Agrad, le nom de scène de ce rappeur de la dernière génération, a monté les échelons depuis son enfance passée à Anjana­masina. Il habitait en fait dans la cité pénitentiaire du coin. « À 13 ans, je me défoulais seul chez moi en faisant du freestyle car mes parents m’interdisaient encore d’aller dans la capitale pour retrouver les studios », se souvient-il.
Flow de la dérision
Les années ont passé et Agrad ss testait lors des festivités scolaires. Petit à petit, son nom marque les esprits. En 2008, ayant déménagé à Mandroseza, son premier single, « Iray tolona », sort sur les ondes. Une époque folle en quelque sorte. « J’étais encore un puriste extrémiste du rap, ensuite j’ai compris que le rap peut être écouté par tous sans exception », reconnaît-il.
Beaucoup se souviendront du concours de freestyle au dôme de la Rta, en décembre, qu’Agrad a remporté haut la main. Du coup, il remporte un lot de cinq chansons gratuites. Sont alors nées des perles comme
« Ohatran’ny hoe tsy izaho », où il prône l’introspection existentielle à travers un style G-funk, écorché par des choeurs sublimes sortis des confins du soul avec un jeu de piano décapant. Les rimes s’alignent sur des contre-temps, Agrad maîtrise bien l’art de jongler avec les mots et les phrases. « Quand je me regarde dans un miroir, j’ai l’impression de n’avoir jamais vécu dans l’enfance. Mais sans regret », sourit-il.
Mais les autres titres qui suivent tournent à la dérision un monde qu’il trouve parfois cruel. Comme les titres tels « Lol », où il s’attaque à la musique du superficiel, ou encore, « Poisson d’avril ». Par la voix d’Agrad, les jeunes de sa génération trouvent une parole moins dramatique mais qui percute la stagnation sociale.
« Passons les messages par le rire, c’est plus facile à assimiler », conclut-il.

Maminirina Rado
Mercredi 22 fevrier 2012  source lexpressmada.com

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