« Blanche là-bas, noire ici » – Diane Dégles « C’est l’histoire de ma famille »

Diane-DéglesLundi, la réalisatrice engagée Diane Dégles voit son film « Blanche là-bas, noire ici » projeté dans la salle de l’Institut français de Madagascar à Analakely. Elle raconte comment son histoire de famille se transforme en documentaire historique.

Pour ceux qui ne l’ont pas vu, comment définir le thème du film ?

Ce film est un documentaire qui traite de la colonisation de Madagascar à travers l’histoire de ma famille. Il retrace le parcours de celle-ci sur cinq générations. Ce sont donc des métis franco-malgaches issus de cette colonisation française à Madagascar. Le contenu parle évidemment du métissage dans le contexte de la colonisation, mais également des rapports inégalitaires entre hommes et femmes dans le cadre du couple « mixte ».

Autrement dit, ce documentaire est basé sur une histoire vraie ?

En effet, avec une famille issue de la colonisation, il était évident pour moi de réaliser un film qui se veut le plus réel, et par conséquent, le parcours de ma famille en témoigne. Les personnages principaux du film sont les membres de ma famille. Ce film se veut touchant et émouvant plus que violent. Malgré les parcours de vie difficiles des membres de ma famille, aucune image violente n’est divulguée. Entre le cinéma et le réel, il n’y a qu’un pas.

Quelles ont été les conditions de tournage du documentaire ?

J’ai pris quatre ans pour écrire le film. Le tournage s’est divisé en deux sessions avec un an d’intervalle. Une bonne partie du film a été réalisée en France. Par la suite, j’ai passé beaucoup de temps au montage, vu que beaucoup de photos de l’époque sont projetées.

Pourquoi avoir choisi la voie du cinéma « engagé » ?

Selon moi, ce film est plus engagé que militant. Au sens revendicatif, ce film n’est pas un vecteur de militantisme. L’idée est de partager l’histoire de ma famille afin de retranscrire au mieux les conditions de colonisation de l’époque et de traiter les nombreuses nuances et complexités de ce contexte historique. Je suis issue d’une famille de métis malgache, il était donc évident pour moi de raconter son histoire.

Quel est votre avis général sur la colonisation française à Madagascar ?

Le phénomène colonial est un phénomène de domination et d’exploitation, qu’elle soit du peuple ou des ressources de la terre. Après, ce qui me déçoit beaucoup, c’est le travail de mémoire qui a été réalisé par les historiens. On est dans une vision très caricaturale du phénomène avec d’un côté, les gentils colonisés et de l’autre, les méchants colons. Il y a d’autres éléments qui n’ont pas été pris en compte, comme ce qu’on peut appeler « le monde d’entre deux » qui a disparu après les indépendances. Cette période a été très marquante pour beaucoup de gens. Le travail de décolonisation doit se faire à la fois chez les anciennes colonies et chez les pays colonisateurs, afin de développer de part et d’autre, une véritable identité culturelle.

Propos recueillis par Ando Rakotonirina

UN DOCUMENTAIRE PLUS VRAI QUE NATURE

Séance « Ampamoaka », hier après-midi à l’Institut français de Madagascar à Analakely. Cette nouvelle séance a été inaugurée, ce lundi à 16h30, avec la projection de « Blanche là-bas, noire ici » de Diane Dégles. L’engagement étant un aspect important pour l’équipe du festival, la séance a davantage attisé la curiosité que le militantisme.
Au niveau du grand écran, l’ambiance est familiale. Le début du film évoque les problèmes d’identité de la famille de la réalisatrice qui ne cesse de jongler entre les deux cultures, française et malgache. Un débat très attrayant qui ne sert finalement que de rampe de lancement au sujet principal du documentaire : la colonisation.
Au milieu de la Normandie, les femmes de la famille racontent leurs histoires avec intensité tout en évoquant leurs souvenirs d’enfance à Madagascar. La colonisation étant le douloureux pont entre les deux univers, de multiples anecdotes prennent place tout au long du documentaire, avec comme principal narratrice, la mère de Diane Dégles.
De nombreuses photos de famille de l’époque sont montées les unes après les autres, accompagnées d’une voix off assurée par la réalisatrice elle-même. Ces photos ont pour rôle d’illustrer les propos tenus par les actuels narrateurs, tout en servant de vraies passerelles entre le monde actuel et le monde colonial. L’authenticité des récits racontés et des photos rendent le film poignant et font oublier les légers problèmes techniques survenus au milieu de la projection.

mardi 13 mai 2014 source lexpressmada

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