Sammy Rakotoarimalala : « L’âme du jazz, c’est la liberté »

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Il est l’un des musiciens les plus réputés de sa génération, et on se l’arrache actuellement car il est de passage au pays. Sammy Rakotoarimalala fait un petit tour sur la question du jazz.

Sammy Rakoto­arimalala fait partie de la géné­ration d’après Serge Rahoerason, Stormy et autres. Il se trouve actuellement au pays, de passage seulement car il vit de l’enseignement de la musique à la Réunion depuis une vingtaine d’années. Le premier synthé de Lalatiana, c’était lui. celui de Bodo, Solo Andrianasolo, c’était encore lui. Il était derrière la création du fameux orchestre Cadence Bleue et Pap’s. Fils de pasteur, il a surtout fait ses premiers jeux sur une harmonie, pédalant pour pouvoir interpréter ses morceaux de jazz et de variétés internationales préférés. Il a aussi été à l’école du terrain, en jouant au piano bar pour les prestigieux clients de l’hôtel Hilton à Anosy. La belle époque. Ancien étudiant en lettres anglaises à l’Ens, il a atterri à la Réunion, et a poursuivi ses études dans un conservatoire. Pianiste, saxophoniste, trompettiste, c’est le génie qu’il véhicule dans sa musique. Hier, entre les balances, lors de la prestation du quartet avec Lalah Rakoto­rahalahy, Hasina Rakotoari­malala et Rado Rakotorahalahy, il s’est laissé aller à parler du jazz dans ce bref entretien.
D’abord pourquoi ce retour au pays, est ce que vous préparez quelque chose
Pas vraiment. Je ne fais que passer, mais il faut tout de même marquer ce passage. Et, quand mes anciens frères de scène m’ont revu, ils m’ont tout de suite appelé pour jouer avec eux. C’est pour ça que je joue beaucoup au pays en ce moment.
Comment appréhendez-vous le milieu du jazz local actuel
À notre époque, on constate une évolution flagrante. Surtout question moyens. Auparavant, il était rare de trouver un piano pour soi personnellement. Mes premières interprétations des grands standards, c’était à l’harmonie à pédale. Les supports tels que les disques, les partitions étaient difficiles à trouver. C’était alors un miracle de posséder un lecteur, alors imaginez un disque d’un grand musicien, le prix était inestimable. C’était l’époque de la « démerde ». Maintenant, apprendre une chanson c’est facile, il suffit de se connecter à Internet.
Comment trouvez-vous la génération actuelle de jazzistes
Ils sont balèzes. Je regarde beaucoup de vidéos sur Internet. J’observe comment ils jouent des instruments, Je reconnais. Il y a des as. De plus, les Mal­gaches ont la chance d’avoir les mesures douze huit. De surcroît, le cinq plus sept, c’est une énigme pour les étrangers. Avant tout, l’expérience est très importante.
Mais on sent quelque part chez ces jeunes un niveau technique élevé, au détriment de l’expression, ce n’est pas un peu marcher à reculons
C’est une bonne remarque. Il faut arrêter le copié collé. Le jazz, c’est du feeling personnel. Sans cela, il est difficile de s’en sortir. Ça commence par les questions comme : est-ce que tu arrives à jouer du un tel Ce n’est pas l’objectif. Le jazz, ce n’est pas de la désharmonie égale cacophonie, c’est de la dissonance. C’est ça, le jazz. Ce n’est pas jouer n’importe quoi, n’importe où et n’importe quand. Ce n’est pas arriver à jouer le plus de notes possibles dans un minimum de temps possible. Le but, c’est de faire s’exprimer le feeling personnel.
Ne serait-ce pas dû aux standards, est-ce que ça ne risque pas de figer la création
L’âme du jazz, c’est la liberté. Il y aura toujours de la place pour la création. Dans les pianos bars, il faut jouer au gré de la clientèle. Dans le jazz, il y a une liberté totale que vous créez ou que vous interprétez. Excusez la comparaison, avec le classique, c’est impossible. L’impro­visation, c’est de la création pure.

Maminirina Rado

11 Juillet 2014 source lexpressmada.com

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