Maxine Gordon – femme de Dexter Gordon : « Il est important de connaître ses origines »

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La grandeur du musicien plane sur chaque phrase, chaque anecdote. À côté, il y a aussi la grandeur d’un homme. Entretien et ambiance de terrasse.

Quand Maxine Gordon parle de son mari Dexter Gordon, une légende planétaire du jazz, elle ferme souvent les yeux. Ses traits deviennent graves. L’air de chercher les mots les plus exacts, comme si le saxophoniste était toujours à ses côtés pour entendre ce qu’elle a à dire. Une rencontre avec cette dame, qui aime rire, s’est déroulée hier au Kudeta Carlton Anosy. Une de ces rencontres qui laissent de belles traces.

Comment aurait-il réagi, si Dexter Gordon savait que vous êtes finalement venu à Madagascar ?
Il serait véritablement et seulement heureux. D’ailleurs, je retrouve quelque chose de lui ici à Madagascar. Depuis mon arrivée, je regarde les gens dans les rues, leur façon de marcher, personne ne court ici. (Elle sort une tablette et montre ses premières images qu’elle a prises à Analakely). À New York, par exemple, tout le monde court. À New York, on court sans cesse après le bus. C’est un peu stupide, un autre va venir après. Ici, c’est plus tranquille. Même pour prendre le bus, personne ne se précipite. Les malgaches prennent la vie calmement. C’est une image que j’ai pu voir en Gordon Dexter.

Il a toujours revendiqué ses origines malgaches, pourquoi ?
Chez les Américains, il est très important de connaître ses origines, son histoire. Pour les américains noirs, il est vital de connaître son passé, d’où l’on vient. Plusieurs personnes ignorent leurs origines là-bas, alors pour Dexter, c’était , très important. Savoir d’où il venait. Il a été tellement fier en apprenant qu’il était d’origine malgache. Ici, je suis sûre que je vais apprendre beaucoup de choses sur ses origines.

Pour lui, à travers ses mots, c’était quoi la « définition » de jazz ?
C’est la possibilité d’exprimer ses pensées, ses idées, ses sentiments. C’est une philosophie. Il peut y exprimer ce qui l’entoure. Il aime à dire qu’il y a les musiciens et le public. Le plus vital, c’est le public. Pour lui, c’est ce dernier qui prime avant tout.

Et sa personnalité ?
Comme je l’ai dit tout à l’heure, il ne voulait pas de ce concept des choses à l’heure. Un jour en Allemagne, il avait fait un concert. Et là-bas, quand c’est à huit heure qu’il faut commencer, c’est à huit heure pile. Lui, il ne s’est pas précipité. Il a dit que pour jouer du jazz, il faut être prêt, il faut être bien posé. C’est une vision européenne du temps qu’il n’a pas trop apprécié. En plus, avec lui, nous étions entourés de musiciens et d’artistes, alors le facteur temps !

Maminirina Rado
03 Octobre 2014 source lexpressmada.com

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